Par David Livingstone,

The Salafi [Archive, 2015]

Son nouveau site Ordo ab Chao 

Jamal ud Din Al Afghani

Jamal ud Din Al Afghani

Dès les années 1820, un groupe de missionnaires fut désigné par un mouvement combinant l’Université d’Oxford, l’Église anglicane et l’Université du Kings College de Londres, sous la franc-maçonnerie du rite écossais, dans le but de faciliter la fondation d’une confrérie occulte dans le monde musulman. [1]

Les principaux promoteurs du Mouvement d’Oxford étaient le Premier ministre Benjamin Disraeli, lord Palmerston du Rite Palladien et Edward Bullwer-Lytton, le chef d’une branche ‘Rosicrucianiste’ [Rose-Croix], qui s’est développée à partir des ‘Frères Asiatiques’. Les jésuites soutenaient aussi le mouvement d’Oxford. De nombreux premiers ministres et collaborateurs de la famille royale britannique étaient également impliqués.

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Le Grand Maître de la Franc-maçonnerie, Benjamin Disraeli était aussi un chevalier de l’Ordre de la Jarretière [Order of the Garter]. Dans Coningsby, il affirme à travers un personnage nommé Sidonia, modelé sur son ami Lionel de Rothschild, “que le monde est gouverné par des personnages très différents de ceux qui ne sont pas dans les coulisses.” Concernant l’influence des sociétés secrètes, Disraeli a également souligné, lors d’un débat parlementaire :

Benjamin Disraeli

‘Il est inutile de nier […] une grande partie de l’Europe toute l’Italie, la France et une grande partie de l’Allemagne, sans citer d’autres pays, sont couverts par un réseau de ces sociétés secrètes, tout comme la superficie de la terre est maintenant couverte de chemins de fer. Et, quels sont leurs objectifs? Ils ne cherchent pas à les dissimuler. Ils ne veulent pas d’un gouvernement constitutionnel; ils ne veulent pas d’institutions améliorées et ils ne veulent pas de conseils provinciaux, ni l’enregistrement des votes. Ils veulent… la fin des établissements ecclésiastiques…” [2]

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Edward Bulwer-Lytton

Bulwer-Lytton était le Grand Patron de la Societas Rosicruciana in Anglia (SRIA), fondée en 1865 par Robert Wentworth Little sur la base des Frères Asiatiques. De nombreux membres des Frères Asiatiques, ou Fratres Lucis, sont devenus membres d’une loge maçonnique allemande, appelée L’Aurore Naissante ou “the Nascent Dawn”, fondée à Francfort-sur-le-Main en 1807. Lord Bulwer Lytton était un initié de cette Loge. [3] Il a servi en tant que chef du Ministère des Colonies britannique et du India Office [Bureau de l’Indien]. Et, il a été un membre actif du culte d’Isis et d’Osiris. Il a écrit les derniers jours de Pompéi et The Coming Race [La Race Future], ou Zanoni, dans lequel il a jeté les bases des théories racistes nazies. Il est devenu le grand-père de la ‘Confrérie Préraphaélite’ de John Ruskin, de la ‘Société Métaphysique’ de Bertrand Russell et de sociétés occultes comme la ‘Golden Dawn’ [Aube Dorée] d’Aldous Huxley, ainsi que de la ‘Société Théosophique’ de Madame Blavatsky.

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En Égypte, le mouvement d’Oxford s’est concentré sur la fondation d’un mouvement de “réforme” de l’Islam, le Salafi, pour servir les “Illuminati” dans le but de protéger leurs intérêts croissants sur le Canal de Suez, qui ultérieurement deviendra déterminant pour l’envoi de leur cargaison de pétrole vers l’Europe et ailleurs. En 1854 et 1856, Ferdinand de Lesseps avait reçu les concessions de Saïd Pacha, le vice-roi d’Égypte, ce qui a permis la création d’une société chargée de construire un Canal maritime ouvert aux navires de toutes les nations. Le Canal a eu un impact dramatique sur le commerce international, favorisant la pénétration européenne et la colonisation de l’Afrique.

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En 1875, les dettes accumulées par le successeur de Saïd Pacha, ont forcé Ismaïl Pacha à vendre la part de l’Égypte sur le Canal aux Britanniques. Ainsi, le gouvernement Britannique sous Benjamin Disraeli, financé par son ami Lionel Rothschild, ont acquis près de la moitié des actions totales de la Compagnie du Canal Suez. Même s’il ne s’agissait pas d’une participation majoritaire, dans la pratique elle l’était.

En 1878, une commission d’enquête sur les finances défaillantes d’Ismail, dirigée par Evelyn Baring, premier comte de Cromer, et d’autres avaient forcé le vice-roi à céder ses domaines à la nation, à rester sous la supervision britannique et française, et à accepter le poste de souverain constitutionnel. Finalement, la révolte des Égyptiens autour d’Ahmed Urabi fournit aux Britanniques un prétexte pour “protéger” le Canal de Suez. Puis s’ensuit une invasion et la colonisation de l’Égypte.

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Edward G. Brown habillé en persan

Le mouvement de Jamal ud Din al Afghani, fondateur du soi-disant mouvement salafiste de “réforme” de l’Islam, avait organisé la révolte des agents provocateurs contre Ismail. Afghani était la personne à travers laquelle la mission Britannique a opéré pour renverser le régime égyptien, mais aussi pour étendre son influence d’occultiste dans tout le Moyen-Orient. Tout au long de sa carrière de quarante ans d’agent du renseignement Britannique, Jamal al-Din al-Afghani a été guidé par deux spécialistes britanniques de l’Islam et des sectes, qui sont Wilfrid Scawen Blunt et Edward G. Browne. [4] Browne était le premier orientaliste britannique du XIXe siècle. Il comptait parmi ses protégés, au département orientalistes de l’Université de Cambridge, Harry ‘Abdullah’ St. John B. Philby. Il était un spécialiste du Renseignement Britannique derrière le mouvement Wahhabite.

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Edward Scawen-Blunt en Pèlerinage au Najd

Wilfrid Scawen Blunt, un autre membre de l’école orientaliste britannique, a été chargé par les Maçons du Rite écossais d’organiser les loges perses et du Moyen-Orient. Al Afghani était leur principal agent. [5]

Les origines de Jamal ud Din al Afghani sont très peu connues. Bien qu’il ait adopté le surnom “Afghani”, sous lequel il est connu, certains rapports suggèrent qu’il était juif. [6] D’autre part, certains chercheurs pensent qu’il n’était pas Afghan, mais un Chiite Iranien. Même s’il se présentait comme un réformateur de l’islam orthodoxe, Al Afghani a également agi comme prosélyte de la foi Bahai, un credo qui allait devenir le cœur du programme religieux mondial des Illuminati.

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Mirza Mohammad Ali / Ali Mohammad Shirazi

En 1845, sa famille l’avait inscrit dans une madrassa (institut islamique) à Najaf, ville sainte de l’actuel Irak. Les disciples de Cheikh Ahmad Ahsai ont initié Afghani aux “mystères”. Cheikh Zeyn ud Din Ahmad Ahsai est le créateur de l’école Shaikhi [Cheikhi]. Après le décès d’Ahsai, succéda Seyyed Mohammad Rashti, qui a introduit l’idée d’un ‘parfait Shiah’ (Chia, Chiite), appelé Bab, ce qui signifie “porte”, qui viendra. En 1844, Mirza Mohammad Ali, prétendant être le Bab promis, a fondé le Babisme. Il est possible que, parmi les adeptes, certains avaient des liens familiaux avec Afghani. [7]

[signifiant ‘Porte’, une référence au député du promis Douzième Mahdi de Chiites ou al-Qá’im. Cf: Chiisme duodécimain]

Baha Ullah

Mirza Hoseyn Ali Nouri, un des disciples de Bab, a annoncé qu’il était la manifestation “d’un plus grand que lui-même”, et que c’était une prédiction du Bab. Il s’est arrogé le titre de Baha Ullah. Ce qui signifie en arabe “Gloire à Dieu”. Baha Ullah descendait des dirigeants de Mazandaran, une province au nord de l’Iran, en bordure du nord de la mer Caspienne. Il s’agissait d’une dynastie ismailie qui s’est mêlée avec des descendants de Boustenaï [Boustenaï ben Haninaï était un dirigeant juif babylonien du VIIe siècle], un Exilarque du septième siècle après J.-C. [8] En se référant à lui-même, Baha Ullah a déclaré:

‘La plupart des Grande Loi se produisent, et la beauté antique domine sur le trône de David. Ainsi a parlé Ma Plume, selon laquelle, elle racontait l’histoire des siècles passés.’

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La foi bahaïe, fondée par Baha Ullah, est composée d’un mélange d’islam, de christianisme, de zoroastrisme et de judaïsme, mais elle prétend supplanter toutes les autres religions dans une foi mondiale unique. Les principaux principes bahaïstes sont l’unité essentielle de toutes les religions et l’unité de l’humanité. Les Bahaïs croient que tous les fondateurs des grandes religions du monde étaient des manifestations de Dieu et d’agents, dans la progression d’un plan divin, pour l’éducation de la race humaine. Par conséquent, malgré leurs différences, les Bahaïs croient que les grandes religions du monde enseignent une vérité identique.

Rapidement les Bahaïs ont été détestés en Perse à cause de leur extrémisme. En 1852, un chef Bahaï est arrêté pour tentative d’assassinat sur le Shah de Perse. Par conséquent, le mouvement est supprimé, et de nombreux membres furent exilés à Bagdad et à Istanbul. Pendant toute cette période, comme le rapporte Robert Dreyfuss, les leaders Bahaïs sont restés étroitement liés à la franc-maçonnerie du rite écossais et à différents mouvements, qui se sont multipliés dans l’Inde, l’Empire ottoman, la Russie et même l’Afrique. [9]

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Al Afghani viendrait d’Asadabad, une ville perse aux abords de Hamadan, une colonie ismaélienne. Comme les ismaéliens avant lui, Afghani croyait en la nécessité de la religion pour les masses, tout en conservant la réalité plus douce de l’athéisme aux élites.

Selon Nikki R. Keddie, dans son étude d’Afghani, il écrit ce qui suit.

“Tout comme les doctrines ésotériques ismaéliennes, au cours des siècles précédents, ont fourni différents paliers d’interprétation des mêmes textes, liant les masses et l’élite dans un programme commun, aussi la pratique de Jamal ud Din des différents ordres d’apprentissage pourrait souder l’élite rationaliste et les masses beaucoup plus spirituels dans un mouvement politique commun.” [10]

Plusieurs témoins des enseignements d’Afghani, ont confirmé son éloignement de l’orthodoxie. Parmi eux se trouvait Lutfi Juma, qui a expliqué: “ses croyances n’étaient pas le véritable islam, même s’il prétendait qu’elles l’étaient, et je ne peux pas juger les croyances de ses partisans.” De même, le Dr Shibli Shumayyil, un de ses admirateurs syriens, quand il apprit que Afghani a écrit un traité contre les “matérialiste”, il a commenté: “Je suis étonné, car je savais qu’il n’était pas un homme religieux. J’ai du mal, après mon expérience personnelle avec cet homme, à porter un jugement définitif sur ce que j’ai entendu à son sujet par la suite. Mais, je suis bien plus enclin à penser qu’il n’était pas croyant.” [11]

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De plus, Afghani avait acquis une grande connaissance de la philosophie islamique, notamment des Perses, comme Avicenne, Nasir et Din Tusi, ainsi que du soufisme. Les preuves démontrent également qu’il avait de telles œuvres, mais aussi qu’il avait un intérêt pour les sujets occultes, tels que les alphabets mystiques, les combinaisons numériques, l’alchimie et d’autres sujets kabbalistiques. L’intérêt d’Afghani pour le mysticisme, de type néoplatonicien, est également démontré par un traité de douze pages sur le gnosticisme, copié de sa main.

Entre 1858-1865, les activités d’Afghani ont suscité de nombreuses controverses. Cependant, selon le biographe Salim al Anhuri, un écrivain syrien qui l’a connu en Égypte, les premiers voyages d’Afghani en dehors de l’Iran ont eu lieu en Inde. C’est là, dit-il, qu’Afghani a appris sa tendance hérétique. Anhuri raconte que ses études en religion l’ont conduit à l’athéisme et au panthéisme. Essentiellement, Afghani était convaincu d’une philosophie proche de la Kabbalah lourianique, d’une évolution naturelle de l’univers dont faisait partie le développement intellectuel de l’homme.

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Comme Anhuri l’a expliqué, Afghani croyait:

‘L’homme a commencé par dire qu’il allait passer après sa mort à une vie éternelle, et que le bois ou la pierre était ce qui le conduira à son plus haut lieu, s’il montrait révérence et lui manifestait dévotion.

De là surgit ce culte de délivrance de l’amertume de la pensée, à propos d’une absence de vie après la mort. Puis, il se dit que le feu était plus puissant et plus profitable et nuisant, donc il se tourna vers lui. Et, il a vu que les nuages ​​étaient mieux que le feu et plus fort, donc il les observait et dépendait d’eux.

Les maillons de cette chaîne, forgés par les deux outils de l’illusion et le désir avec l’instinct et la nature de l’homme, ont continué à augmenter jusqu’à ce que l’homme a abouti à l’état le plus élevé. Le résultat des lois naturelles était une réaction conduisant à la conviction que tout ce qui précède est du bavardage, qui provient des désirs, et qu’il n’y a pas de vérité et de définition.’ [12]

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En 1866, Afghani est apparu à Qandahar, en Afghanistan, moins de deux décennies après les tentatives infructueuses des Britanniques, en collaboration avec l’Aga Khan. Et, d’après un rapport d’un employé locale du gouvernement, Afghani:

‘… connaît bien la géographie et l’histoire, parle couramment l’arabe et le turc, parle le persan comme un Iranien. Apparemment, il ne suit aucune religion particulière. Son style de vie ressemble plus à celui d’un Européen qu’à celui d’un musulman.’ [13]

En 1866, Afghani devint le conseiller de confiance d’Azam, le dirigeant de l’Afghanistan. Le fait qu’un étranger a accédé à une telle position, si rapidement, a été critiqué dans les récits contemporains. Certains chercheurs ont émis l’hypothèse qu’Afghani, qui se faisait appelé “Istanbuli”, était, ou se faisait passer pour un agent russe, et qu’il était capable d’obtenir pour Azam des devises russes et un soutien politique russe contre les Britanniques, avec lesquels Azam était en désaccord. Après la chute du trône au profit du rival Shir Ali, Azam se méfia d’Afghani. Et, en novembre 1868, il l’expulsa de son territoire.

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Au cours de son séjour en Afghanistan, Afghani a entretenu des liens avec les bahaïs, les francs-maçons britanniques et certains soufis basés en Inde, où il a également rencontré des musulmans nizari. Les rapports des services de renseignement britanniques indiquaient que, lors de ses voyages répétés en Inde, Afghani était Jamal ud Din Effendi. C’est ainsi qu’il se présentait lors de ses visites à l’Aga Khan, le chef des Ismailis. Et, bien qu’il se présentait comme un Cheikh soufi de l’ordre Mawlavi ou Mevlevi, qui suivent Jalal ud Din ar Rumi, le très influent mystique iranien et poète du XIIIe siècle, il a également fait du prosélytisme pour la foi Bahai. Prétendument, il aurait été envoyé pour cette mission par Baha Ullah, lui-même.

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L’un de ces rapports, daté de 1891, émane d’un musulman indien anonyme qui prétendait devenir un Bahai pour recueillir plus d’informations, se lit comme suit.

Ce qui suit est la substance d’une déclaration, faite par une personne apparemment bien informée sur les objectifs de la présence en Inde de Saiyid Jamal-ud-din. L’informateur le décrit comme Persan, mais il se dit Turc de Constantinople:

Dans la ville côtière d’Akka (? Acre), vit désormais un certain Husen Ali, un Turc, qui se fait appeler Baha-ullah Effendi alias Jamal Mubarik [la Beauté bénie]. Cet homme déclare que toutes les religions sont mauvaises, et il affirme être lui-même Dieu. Il a converti un certain nombre de personnes et les a rassemblés à Bagdad. Il y a environ quatre ans, ils se sont rebellés contre le Shah, mais ils ont été réprimés et se sont progressivement retirés de la Perse vers la Turquie en Asie. Baha-ullah est désormais sous surveillance à Akka, qui est appelée “Az Maksud” [Ar Maqud, un terme courant parmi les bahaïs iraniens pour désigner la Terre Sainte] par les convertis.

Les agents de Balla-ullah parcourent tous les pays. Ils tentent de persuader les gens qu’il sont visités par des messagers de Dieu, et que leurs convertis deviendront souverains de la terre. Le fils de Baha-ullah, Muhammad Ali, vint à Bombay pour cette mission, puis retourna à Akka. Des agents sont nommés partout. Saiyid Jamal-ud-din est l’un d’entre eux. Il est venu à Kailaspur, et il est resté 10 jours avec moi. Il me parla de Baha-ullah et de sa propre mission, me proposa de me nommer son agent et me demanda de l’accompagner à Bombay pour voir Muhammad Ali. J’ai accepté de devenir disciple de Baha-ullah afin de découvrir pourquoi Saiyid Jamal-ud-din était venu en Inde. J’ai accepté de devenir son agent pour la même raison, et il m’écrit désormais souvent. Je n’ai pas ses lettres avec moi, mais je peux les produire si on le souhaite. Il est maintenant à Farukhabad. Et, je crois qu’il a converti un certain nombre de personnes en Inde. Il a beaucoup d’argent, passe librement et il voyage en première classe par chemin de fer. À Bombay, un homme nommé Agha Saiyid Mirza [Afnan], un marchand de Shiraz, lui fournit énormément d’argent.” [14]

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… Le 21 septembre 1891, le même informateur a écrit directement au Surintendant Général, Département T. et D. [Surintendant Général, Département de Thagi et Dakaiti, chargé de surveiller les criminels et les fauteurs de troubles], comme suit:

‘L’homme Saiyid Jamal-ud-din Shah n’est pas un “Rumi”, c’est un homme d’Astrabad Mazandéran en Perse, et son nom est Mirza Muhammad Ali. Il n’est pas un mahométan [musulman] mais un “Babi” et son quartier général est à Akka en Palestine.’ [15]

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Puis, Afghani fait son apparition à Istanbul en 1870, où il est amené par le franc-maçon Ali Pacha, grand vizir cinq fois sous le sultan Abdul Majid et le sultan Abdul Aziz. Toutefois, Afghani était très méprisé par le clergé pour ses idées hérétiques. Les érudits Hasan Fahmi et le Cheikh al-Islam de l’Empire ottoman ont émis une Fatwa le qualifiant de mécréant, et l’ont expulsé. En 1871, Afghani se rend au Caire, parrainé par le Premier ministre Mustafa Riad Pacha, qui l’a rencontré à Istanbul. Il lui a accordé un salaire généreux et le fait nommer à la prestigieuse Université musulmane d’Al Azhar. Afghani demeura d’abord orthodoxe mais, en 1878, il s’installa dans le quartier juif du Caire, où il se mit à s’organiser politiquement de manière ouverte. Aussitôt, Afghani a annoncé la création de la Société Maçonnique Arabe. En dépit de leur profession publique à l’Islam orthodoxe, les membres du cercle restreint d’Afghani ont montré leur adhésion au gnosticisme des Ismailis. Afghani invoquait ses frères maçonniques comme ikhwan al saffa wa khullan al wafa, se référant intentionnellement au nom de la confrérie ismaélienne du Xe siècle. [16]

Riad Pacha et l’ambassade britannique ont aidé Afghani à réorganiser les loges du Rite écossais et du Grand Orient de la franc-maçonnerie. Et, ils ont organisé autour de lui un réseau dans plusieurs pays musulmans tels qu’en Syrie, la Turquie et la Perse. [17] Les années suivantes, il attira un groupe de jeunes écrivains et militants, dont Mohammed Abduh, futur leader du mouvement “moderniste” de l’Islam, connu sous le Salafisme, et Sad Pacha Zaghlul, un autoproclamé franc-maçon et le fondateur du Wafd, le parti nationaliste égyptien.

La Confrérie Hermétique de Louxor

Afghani a prétendu être un représentant, d’une mystérieuse société secrète égyptienne quasi-maçonnique, qui était censée représenter une survivance des enseignements Sabéens [Sabian] de la Grande Loge des Ismaéliens du Caire. Elle est connue parmi les occultistes occidentaux comme la Fraternité Hermétique de Louxor [HB de L.]. En outre, il a initialement influencé la création du Rite de Mizraim de Samuel Honis.

James Sanua était l’un des collaborateurs les plus proches d’Afghani. Sanua est né dans une famille juive italienne d’origine sépharade. Il a été élevé comme un juif par son père, et il est devenu un conseiller apprécié de la famille royale égyptienne. En plus de son éducation juive et de sa maîtrise de huit langues, Sanua s’est tellement familiarisé avec le Coran et les traditions islamiques qu’il s’est mérité le titre de ‘Cheikh’. Un facteur qui a conduit à des rumeurs sur sa conversion à l’Islam.

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Sanua a étudié en Italie pendant sa jeunesse et a été inspiré par les idées de Giuseppe Mazzini. De retour au Caire, il consacre tout son temps aux enseignements de Mazzini. Il a été responsable de la création du théâtre égyptien moderne, qui a été le précurseur de sa célèbre industrie cinématographique. Toutefois, ses pièces semblent devenir suspectes aux yeux des autorités égyptiennes. Et, quand il découvrit un complot pour l’empoisonner, il fuit vers la France, où il se fit passer pour Abu Naddara. A Paris, Sanua fonda une revue consacrée au principe d’une seule religion mondiale, très similaires à celle des Bahaïs, avec souvent des articles mettant en vedette Afghani.

Cheikh Medjuel el-Mezrab

La petite amie de Sanua, Lydia Pashkov, était une femme d’origine Russe et correspondante pour Le Figaro à Paris. Afghani a développé une relation d’amitié avec les directeurs du quartier général régional des Illuminati, dans le sud du Liban, comme le cheik Medjuel el-Mezrab, qui a épousé la dilettante britannique Jane Digby, et Lydia Pashkov. Entre 1870 et 1875, les Illuminati auraient lancé un projet visant à reproduire les Carbonari italiens dans tous les pays du Moyen-Orient.

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HP Blavatsky

Sanua et Lydia Pashkov étaient aussi des amis et des compagnons de voyage de Helena P. Blavatksy, qui en 1856, a été initié par Mazzini au Carbonari. Helena P. Blavatsky, la célèbre médium et mystique, fut la marraine du renouveau occulte de la fin du XIXe siècle. Après avoir écrit des œuvres monumentales, telles qu’Isis dévoilé et la doctrine secrète, la Société Théosophique se forme, en 1875, pour répandre ses enseignements dans le monde entier. La Société Théosophique a nommé respectueusement les francs-maçons Henry Steel Olcott et George H. Felt président et vice-président. Parmi les premiers membres se trouvait également Albert Pike.

Selon Manly P. Hall, un éminent historien maçonnique:

‘La Doctrine Secrète et Isis Dévoilée sont des dons de Mme Blavatsky à l’humanité, et à ceux dont la vision peut percer les nuages menaçants d’une catastrophe imminente. Il n’est pas exagéré d’affirmer que ces écrits sont la contribution littéraire la plus vitale pour le monde moderne. Ne peuvent être comparés avec d’autres livres, comme la lumière du soleil ne peut être comparée à la lampe du ver luisant. La Doctrine Secrète assume la dignité de l’Écriture.’ [20]

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Blavatsky affirmait avoir reçu ses révélations de “Chefs secrets” ou de “Maîtres Ascensionnés” désincarnés, qui aidaient l’humanité à évoluer vers une race de surhommes. Au début, Blavatsky attribuait des noms à ces Maîtres, comme ‘Tuitit Bey’, ‘Sérapis Bey’, et ‘Hilarion’, qui appartenait supposément à la ‘Fraternité de Louxor’. Selon Joscelyn Godwin, dans The Theosophical Enlightenment, si nous interprétons la ‘Fraternité de Louxor’ étant le cercle d’occultistes avec lequel Blavatsky s’est associée, en Égypte, alors nous devons assumer que Jamal al-Din al Afghani a été l’un de leurs membres. [21]

Selon K. Paul Johnson dans The Masters Revealed, même s’il n’y a aucune preuve directe que Blavatsky a rencontré Afghani, les circonstances suggèrent un tel contact. Afghani ne connaissait pas seulement ses collègues Sanua et Pashkov, mais lui et Blavatsky étaient tous deux en Inde en 1857 et 1858, à Tbilissi au milieu des années soixante et au Caire en 1871. Fin 1879, Afghani quitta l’Égypte pour l’Inde, au même moment quand Blavatsky et Olcott arrivèrent. Après son départ de l’Inde fin 1882, il demeura à Paris jusqu’en 1884, année où Blavatsky y passa l’été.

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Par Jamal ud Din al Afghani, Blavatsky a acquis ses doctrines centrales dérivées de l’ismaélisme, et elle les communiquera à la communauté occulte occidentale. Comme l’a souligné Johnson dans l’article de Blavatsky, The Eastern Gupta Vidy and the Kabbalah, elle affirme que la “vraie Kabbalah” se trouve dans le Livre des Nombres chaldéens. Bien qu’il soit inconnu des savants, Blavatsky cite ce livre fréquemment dans ses tomes, Isis Dévoilée et La Doctrine Secrète. Elle prétendait l’avoir reçu d’un ‘Persan Soufi’, et comme K. Paul Johnson le souligne, Afghani est la source la plus probable.

Johnson a affirmé que la structure fondamentale dans les doctrines de Blavatsky ne peut être attribuée qu’à une seule source. Et, elle est également liée aux idées d’un autre occultiste, George Gurdjieff: le Gnostique ismaili. Le Livre des Nombres chaldéen enseigne une cosmologie septénaire similaire au mysticisme ismaélien éclectique.

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Johnson note sur ‘La centralité du nombre sept’:

“[…] est un indice important qui pointe la gnose ismaélienne comme une source importante pour les deux, Blavatsky et Gurdjieff. Le Temps cyclique et la Gnose Ismaili d’Henri Corbin décrit la doctrine d’un processus évolutif cosmique septuple [sevenfold], répété dans un schéma historique septuple, parallèlement à un chemin initiatique septuple pour l’adepte individuel.

Cela correspond exactement aux lettres du Mahatma [de Blavatsky], qui enseigne que ‘les degrés d’initiation d’un Adepte marquent les sept étapes, au cours desquelles il découvre le secret des sept principes de la nature et de l’homme, et éveille ses pouvoirs dormants.’

La doctrine de la résurrection acquiert un sens spécifique dans la gnose ismailie qui la relie aux enseignements de Blavatsky. Chacun des sept principes de l’individu est ‘ressuscité’ par l’influence du prochain principe supérieur. La répartition des principes des humains du septuple de Helena P. Blavatksy a été présentée différemment, comme chaldéenne, tibétaine et chaldéo-tibétaine. Mais en fait, sa plus proche analogie historique est ismaélienne.” [ 22 ]

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Les enseignements de Blavatsky ont aussi joué un rôle dans la fondation d’une vaste société secrète, l’Aube Dorée, née des contacts d’Afghani avec les leaders de la franc-maçonnerie du Rite égyptien.

John Yarker

Après un certain temps de clandestinité, jusqu’en 1848, “Année des Révolutions”, les Franc-maçon du Rite égyptien, ont relancé leurs activités à Paris. Dès 1856, il se sont également imposés en Égypte, en Amérique, en Roumanie, et dans d’autres pays. En 1872, lorsque le Rite égyptien est devenu connu comme le Rite Ancien et Primitif [Antient and Primitive Rite], Marconis de Negre cèdera sa place de Grand maître de l’ordre à John Yarker, qui connaissait aussi Blavatsky. Il l’a rencontrée en Angleterre, en 1878. Même s’il a tenté de réfuter son implication dans la franc-maçonnerie, il semble lui avoir fournie une initiation maçonnique.

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À Paris, Yarker a rencontré Pascal Beverly Randolph, qui est un occultiste afro-américain qui a voyagé en Égypte, où il a été initié par une prêtresse secrète des musulmans ismailis. Randolph était un médium, un guérisseur, un occultiste et un écrivain connu. Et il avait aussi pour ami personnel Bulwer-Lytton. La Confrérie d’Eulis de Randolph se réclamait de l’Ordre Rosicrucien, par la charte de la “Grande Loge Suprême de France”, et enseignait la guérison spirituelle, l’occultisme occidental et la régénération raciale par des formes de magie sexuelle. Yarker a partagé par l’intermédiaire de Randolph la tradition de la Confrérie Hermétique de Louxor, renouvelée sous la Confrérie Hermitique de la Lumière, héritière des Frates Lucis, ou Frères Asiatiques.

En 1873, un associé de Randolph, Carl Kellner, l’un des nombreux autres occultistes liés à la franc-maçonnerie égyptienne, s’était rendu au Caire lors des activités d’Al Afghani. Keller fait la connaissance d’un jeune homme énigmatique, alors appelé Aia Aziz, plus connu sous le nom de Max Theon. En réalité, Theon était le fils du rabbin Bimstein de Varsovie, le dernier chef de la secte frankiste en Pologne.

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Max Théon – Louis Maximilian Bimstein,

Max Théon a beaucoup voyagé, et il a travaillé au Caire avec Blavatsky. Il est également devenu un étudiant de Paulos Metamon, un ‘magicien copte’. Metamon fut aussi le premier “Maître” de Blavatsky, qu’elle rencontra en Asie Mineure en 1848, puis au Caire en 1870. Il lui présenta la Confrérie Hermétique de la Lumière. Fait intéressant est que la cosmologie septuple de l’ismaélisme était coutumier à Théon et Blavatsky. En 1873, Metamon transféra la Grande Maîtrise à Aziz qui, sous le nom de Max Theon, s’installa en Angleterre afin de propager le même ordre.

Carl Kellner et Thoedore Reuss, un autre membre de la Societas Rosicruciana in Anglia de Bulwer-Lyttons, mettront en place le rituel de la franc-maçonnerie du Rite égyptien, affrété à Reuss par John Yarker, pour transmettre le secret intérieur de la Confrérie Hermétique de Louxor.

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Reuss a écrit sur Kellner:

‘Au cours de ses nombreux et longs voyages en Europe, en Amérique et au Proche-Orient, Fr. Kellner est entré en contact avec une organisation qui s’appelait La Fraternité de la Lumière Hermétique.

Le stimulus dont il a reçu par l’intermédiaire de son association avec ce corps, ainsi que d’autres circonstances, qui ne peuvent être mentionnées ici, a donné lieu à ‘Fr. Kellner’ le souhait de fonder une sorte d’Académie Maçonnique, qui rendrait possible des quêtes de frères pour se familiariser avec tous les degrés et les systèmes existants maçonniques.

En 1895, Fr. Kellner a eu de longues discussions avec Fr. Reuss, à Berlin, sur la façon dont son idée pourrait se réaliser. Au cours des entretiens avec Fr. Reuss, il a abandonné le titre proposé d’Académie Maçonnique. Et, il a produit des motifs et des documents relatifs à l’adoption du nom, Oriental Templars [Templiers orientaux].

A cette époque, en 1895, ces délibérations ne donnent lieu à aucun résultat positif, parce que Fr. Reuss était occupé avec sa relance de l’Ordre des Illuminati. Et, Fr. Kellner n’avait aucune sympathie pour cette organisation ou pour les personnes qui étaient activement impliquées avec lui.’ [23]

C’est John Yarker qui a fourni une charte pour la fondation de l’Ordo Templi Orientis (ou O.T.O), réalisée par Reuss. Il a tenté de faire revivre les traditions des Mystères Anciens, des Templiers, des Francs-maçons Rosicruciens et des Illuminati. Ordo Templi Orientis signifiait ‘Ordre des Templiers orientaux’, en référence au mythe Johannite de l’influence sabienne [sabian] ou ismailie. Le cercle intérieur occulte de l’O.T.O serait organisé, parallèlement, aux plus hauts degrés du Rite égyptien de la maçonnerie et aux doctrines ésotériques rosicruciennes de la Fraternité Hermétique de Luxor.

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Le célèbre Aleister Crowley succéda à Reuss à la tête d’O.T.O. Crowley. Il était un maçon du trente-troisième degré du Rite Écossais et a été membre du Temple Isis-Urania, des étudiants hermétiques de la Golden Dawn [l’Aube dorée]. L’ordre a été fondée, en 1888, par les maçons et les membres de la Societas Rosicruciana in Anglia de Bulwer-Lytton. Ce culte d’Isis a été organisé vers 1877, sous la référence du manuscrit d’Isis dévoilée d’Helena Blavatsky. L’Ordre de la Golden Dawn comprenait, entre autres, William Butler Yeats, Maude Gonne, l’épouse d’Oscar Wilde et Arthur Edward Waite. À l’époque, la Golden Dawn a été menée par McGreggor Mathers, qui a retracé l’ascendance spirituelle de l’ordre jusqu’aux Rosicruciens, et de là, à la Kabbalah et à l’Égypte ancienne. Et, c’est en Égypte, en 1904, que Crowley a pris contact avec une entité du nom de Aiwass, qui lui a dicté le contenu de son livre de la Loi, qui contient le fameux dicton de l’occultisme moderne, ‘Fais ce que tu veux sera le tout de la Loi‘.

Les Salafistes

Muhammad Abduh, haut fonctionnaire judiciaire égyptien au début du XXe siècle et admirateur de Darwin. Il est maintenant reconnu, selon Christopher de Bellaigue, comme l’un des penseurs islamiques libéraux les plus influents.

Après le départ d’Afghani d’Égypte, son élève Mohammed Abduh, a été inexplicablement nommé rédacteur en chef de la publication du Journal Officiel du gouvernement égyptien, sous contrôle Britannique. Officiellement, il a collaboré avec Saad Zaghul, un Franc-maçon qui, plus tard, sera le fondateur du parti nationaliste Wafd. En 1883, Abduh rejoint Afghani à Paris, puis est allé à Londres, où il a enseigné à Oxford et Cambridge. Et, il a consulté les responsables britanniques au sujet de la crise au Soudan contre le Mahdi.

À Paris, Abduh a aidé Afghani à gérer un journal en français et en arabe appelé Al Urwah al Wuthkah, ou le “Lien indissoluble” (à Paris et Indissoluble Bond à Londres). C’est aussi le nom d’une organisation secrète, qu’il a fondée en 1883. Les membres du cercle parisien d’Afghani étaient composés d’Égyptiens, d’Indiens, de Turcs, de Syriens, de Nord-Africains, de nombreux chrétiens et juifs, ainsi que de bahaïs persans expulsés du Moyen-Orient.

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Quand les français ont supprimé Al-Murwah al-Wuthkah, Abduh a voyagé plusieurs années dans le monde arabe, sous divers déguisements, notamment à Tunis, Beyrouth, et en Syrie. Dans chaque ville, il a recruté des membres pour la société secrète fondamentaliste d’Afghani. [24]

Tout comme son professeur, Abduh était lié au mouvement bahaï, qui avait fait des efforts intentionnels pour faire connaître la foi en Égypte. Dès la fin des années 1860, les Bahaïs ont commencé à s’établir à Alexandrie et au Caire. Quand il enseignait à Beyrouth, Abduh a rencontré Abdul Baha, et ils sont devenus des amis très proches. Baha a souscrit à sa philosophie d’une religion mondiale. [25] Remarquant les qualités d’Abdul Baha, dans la science religieuse et la diplomatie, Abduh a dit de lui que, “[il] est plus que cela. En effet, c’est un grand homme; c’est l’homme qui mérite qu’on lui applique cette épithète.” [26]

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Abduh était connu pour ses vues réformistes sur l’islam. Mais, dans ‘How We Defended Orabi’, A.M Broadbent a déclaré:

‘Cheikh Abdu n’était pas un fanatique dangereux ou un fervent religieux, car il appartenait à l’école la plus large des pensées musulmanes, a tenu un credo politique semblable à du pur républicanisme et il était un maître zélé d’une loge maçonnique.’ [27]

Comme les Ismailis avant lui, il faisait progresser ses étudiants vers des niveaux d’hérésie plus profonds. Les doctrines du Rite écossais et de la philosophie du gouvernement mondial étaient révélées aux initiés supérieurs. Mais, ceux qu’Abduh estimait qu’ils étaient plus préparés, il les présentait à un agent du renseignement britannique de Londres. [28]

De 1888, jusqu’à sa mort en 1905, Abduh visitait régulièrement la maison et le bureau de Lord Cromer. En 1892, il est nommé pour gérer la commission administrative de la mosquée et l’Université d’Al Azhar, l’établissement d’enseignement le plus prestigieux de l’Islam et la plus ancienne université du monde. De ce poste, il a réorganisé l’ensemble du système musulman en Égypte et, à cause de la réputation d’Al Azhar, une grande partie du monde islamique.

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En 1899, Lord Cromer, fait d’Abduh le Grand Mufti d’Égypte. Désormais, il était l’autorité juridique en chef en Islam, aussi bien que le Grand Maître maçonnique de la Loge Unie d’Égypte. Lord Cromer était, un membre important, de la famille bancaire d’Angleterre Baring, qui s’était enrichie par le commerce de l’opium en Inde et en Chine. Son motif, en faisant d’Abduh la figure la plus puissante de l’Islam, était dans le but de changer la loi interdisant l’intérêt bancaire. Ensuite, Abduh a proposé une interprétation artificielle du Coran, pour créer l’échappatoire nécessaire, et pour donner aux banques britanniques un pouvoir libre en Égypte. À propos d’Abduh, Lord Cromer a déclaré: “Je soupçonne que mon ami Abduh était en réalité un agnostique.” Et, il a dit du mouvement réformateur salafiste d’Abduh: “Ils sont les alliés naturels du réformateur européen.” [29]

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Rashid Rida

Le mouvement salafiste s’est alors associé aux wahhabites d’Arabie Saoudite, à travers Mohammed Rashid Rida, un autre franc-maçon. Après la mort d’Afghani en 1897 et d’Abduh en 1905, Rida a pris la direction des salafistes. Très jeune, il était devenu un membre de la ‘Indissoluble Bond’. Il a été promu par la société maçonnique d’Afghani à travers sa lecture de ‘Al-Urwah al Wuthkah’, dont il a avoué, plus tard, qu’elle a été sa plus grande influence de sa vie. Rida n’avait jamais rencontré Afghani, mais en 1897, il est allé en Égypte pour étudier avec Mohammed Abduh. Bien que Rida ne partageait pas les opinions de son maître, sur le mouvement Bahai, ce fut grâce à son influence que le mouvement salafiste s’est fermement aligné avec l’État de l’Arabie Saoudite.

Par David Livingstone, The Salafi [Archive]

Son nouveau site Ordo ab Chao

Notes, mises à jour et autres

Gamal al-Din al-Afghani et son disciple Mohammed Abdou étaient les sommités d’azhar. Il est intéressant de noter que les deux hommes avaient tendance à appeler leurs compagnons « ikhawan al saffa wa khullan al wafa » (frères sincères – ou de la sincérité -et compagnons fidèles) [..], se référant intentionnellement au nom de la confrérie ismaélienne du Xe siècle.

  • Les ‘épîtres des Frères de la sincérité’ ont été rédigés par les principaux partisans des ismailis, une secte chiite. Cette secte a été fondée par un juif yéménite kabbaliste, nommé Abdallah ibn Saba. [Soufisme et la Kabbalah]
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  • Certaines personnes nomment les salafistes les pseudo-salafs. Les wahhabites se sont alignés avec une déviation encore plus pernicieuse de l’Islam, en se nommant les Salafis. Ces personnes se nomment en conséquence, parce qu’ils prétendent suivre les premières générations de musulmans, connues sous le nom de Salafs, et donc, d’être les plus proches de la pureté de la foi originelle. Mais rien ne serait être plus éloigné de la vérité, c’est pourquoi ils sont souvent appelés les pseudo-Salafs.
Ref de l’article

1] Dreyfuss, Hostage to Khomeini, p. 113. [pdf]
[2]Hansard’s Parliamentary Debates, quoted from Paul A. Fisher, Their God is the Devil, pp. 18-19.
[3] Ruggiu, Jean-Pascal. “Rosicrucian Alchemy and the Hermetic Order of the Golden Dawn”.
[4] Dreyfuss, Hostage to Khomeini. p. 118.
[5]Ibid. p. 123 and 121.
[6]Ibid. p. 118.
[7] Nikki Keddie, Sayyid Jamal ad-Din “al Afghani”: A Political Biography, Berkeley, CA: University of California Press, (1927) p. 87
[8] David Hughes, Davidic Dynasty.
[9] Nikki Keddie, Sayyid Jamal ad-Din “al Afghani”: A Political Biography p. 116.

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[10]Ibid. p. 87.
[11] [12] Ibid. p. 91.
[13]Ibid. p. 45.
[14 North West Province Special Branch, 29 August 189. quoted from Momen, Moojan, “Jamal Effendi and the early spread of the Bahai Faith in Asia”, Bahai Studies Review, Volume 8, 1998.
[15] (C.S.B.) Report of D.E. McCracken, dated 14 August 1897, in file Foreign: Secret E, Sept. 1898, no. 100, pp. 13-14; national archives of the government of India, New Delhi.
[16] Raafat, Samir. “Freemasonry in Egypt: Is it still around?” Insight Magazine, March 1, 1999.
[17] Dreyfuss, Hostage to Khomeini, p. 122.
[18]Ibid. p. 122.
[19]1941: Iraq and the Illuminati.

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[20] Manly P. Hall (33rd degree mason), “The Phoenix, An Illustrated Review of Occultism and Philosophy”, 1960 The Philosophical Research Society, p. 122
[21] p. 280
[22]The Masters Revealed, p. 146.
[23] Howe, Ellic, Theodor Reuss: Irregular Freemasonry in Germany, 1900-23, 16 February 1978; Grand Lodge of BC and Yukon, Ars Quatuor Coronatorum, “Theodor Reuss: Irregular Freemasonry in Germany, 1900-23“.
[24] Dreyfuss, Hostage to Khomeini, p. 136.
[25] Ibid. p. 279.
[26] Cole, Juan R. I. “Rashid Rida on the Bahai Faith: A Utilitarian Theory of the Spread of Religions”, Arab Studies Quarterly 5, 3 (Summer 1983): 278.
[27] Raafat, Samir. “Freemasonry in Egypt: Is it still around?” Insight Magazine, March 1, 1999.
[28] Dreyfuss, Hostage to Khomeini, p. 136.
[29] Goodgame, Peter. The Muslim Brotherhood: The Globalists’ Secret Weapon.

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